avec Alain Villez, Président du Comité national de la Semaine Bleue
Cet entretien complète l'article « Bien vieillir » paru dans la lettre d'AGIRabcd Ensemble, nous agissons (Octobre 2026).
Dans le prolongement des initiatives menées par l'association autour du « bien vieillir », cet échange explore les grands défis de la transition démographique, la place des aînés dans notre société et la nécessité absolue de lutter contre l'âgisme et l'isolement social.
La semaine nationale des retraités et personnes âgées est la lointaine héritière de la journée nationale des vieillards instituée en 1951 pour venir en aide aux « vieillards nécessiteux ». Avec l’amélioration des conditions de vie matérielles des aînés elle est devenue semaine nationale des retraités et personnes âgées à partir des années 70 qui prendra le nom de semaine bleue en 1991. La Semaine Bleue constitue un temps fort de sensibilisation de l’opinion publique sur les enjeux du vieillissement de la population et les relations entre les générations. Il s’agit d’une sensibilisation de proximité par le témoignage et l’action des personnes concernées elles-mêmes à savoir les aînés.
Chaque année ce sont quelque 8000 manifestations et évènements organisés par des associations, des CCAS, des communes, des EHPAD illustrent la thématique et le slogan retenu dans le cadre de la semaine bleue.
Dans ce rejet d’une vision déficitaire de l’avancée en âge, la Semaine Bleue sera l’occasion de promouvoir les contributions que tous les aînés peuvent apporter à la collectivité quel que soit leur âge, leur état de santé, leur niveau d’autonomie et leur lieu de vie. En effet, la plus-value que les aînés apportent est visible à travers la multitude de tâches qu’ils accomplissent ou de services qu’ils rendent, aussi bien dans le cercle familial que plus largement, dans la vie associative et la sphère sociétale.
C’est ce que démontre parfaitement le plan de lutte contre l’âgisme du Conseil de l’Âge du HCFEA.
Non je ne pense pas malheureusement car les rendez-vous manqués se sont multipliés sous les présidences successives de Nicolas Sarkosy, François Hollande et Emmanuel Macron. Pour moi la véritable avancée date de la mise en œuvre de l’APA en 2001. Car elle a contribué à favoriser le maintien à domicile des personnes ayant besoin d’aide à l’autonomie. C’était il y a 25 ans déjà !!!
Toutes les actions impulsées dans la cadre de la Semaine Bleue partagent le rejet d’une vision déficitaire de l’avancée en âge et la conviction que vieillir peut-être une force dès lors qu’elle est partagée avec d’autres.
La Semaine Bleue souhaite avant tout promouvoir les contributions que tous les aînés quel que soit leur âge, leur état de santé et leur niveau d’autonomie peuvent apporter à la société. Pour cela il faut s’attacher à promouvoir toutes les actions qui luttent contre l’isolement social et relationnel et à la prévention de la perte d’autonomie. Adapter le cadre de vie et les logements, faciliter la participation à la vie sociale et culturelle, promouvoir les mobilités douces tels sont les objectifs à poursuivre prioritairement afin de développer une société plus inclusive.
La transition démographique caractérisée par un vieillissement accru de la population va se traduire par une augmentation très sensible du nombre des âgés et surtout des plus âgés dans les toutes prochaines années.
Cette transition est loin d’être une catastrophe ou un « tsunami » auquel nous sommes confrontés elle correspond à une mutation sociale et culturelle qui doit réinterroger la place occupée par les aînés dans les familles et dans la collectivité. Toutes les personnes âgées ne doivent pas être considérées comme des personnes nécessairement à charge ; car, rappelons-le avec force, leurs situations, leurs conditions de vie sont extrêmement disparates. Les vieux contrairement à certaines idées reçues ne constituent pas un groupe social homogène. Car le très grand âge n’est pas forcément synonyme de handicaps, de dépendance, de renoncement à la vie autonome à domicile pour entrer en EHPAD.
Les turbulences actuelles de la vie parlementaire et politique ne doivent pas reléguer dans les oubliettes de l’histoire notre conviction qu’au-delà de la petite loi « Bien Vieillir » votée à la hâte au printemps 2024, seule une loi de programmation Grand Age et Autonomie, mainte fois promise et mainte fois différée, permettra de sanctuariser les politiques publiques de prévention de la perte d’autonomie et d’engager enfin la réforme tant attendue du financement et de la restructuration des aides à l’autonomie et des soins à domicile et en établissement.
La réponse à cette question s’avère très délicate tant l’influence des économies et des cultures interfèrent dans les réponses apportées par chaque pays au sujet du vieillissement de leur population. En Europe s’il est de tradition d’opposer les cultures méditerranéennes privilégiant las solidarités familiales et les cultures des pays du Nord mettant en œuvre des solidarités plus organisées au niveau des collectivités territoriales. Mais désormais les pays émergents d’Afrique, d’Asie, la Chine sont maintenant concernés et s’interrogent sur les bonnes politiques à mettre en œuvre.
Pour nos pays européens je serais tenté de citer le modèle Danois qui, parmi les premiers pays, a amorcé ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le « virage domiciliaire » en mettant en œuvre une politique volontariste de désinstitutionalisation.
Les relations intergénérationnelles intra ou extra-familiales constituent un enjeu déterminant dans la lutte contre l’isolement social des aînés.
La crise sanitaire COVID 19 aura été l’occasion de braquer les projecteurs sur cette question de l’isolement social considérablement renforcé par les périodes successives de confinement au domicile ou dans les EHPAD. Le troisième Baromètre de l’isolement social des personnes âgées publié hier par les Petits Frères des Pauvres, nous révèle que loin de s’atténuer le phénomène connait un accroissement redoutable avec cette année 750 000 personnes âgées en situation de mort sociale, elles n’étaient que 500 000 en 2021.
Parallèlement certains (ils se reconnaitront) voudraient faire passer les personnes âgées issues du baby-boom comme des nantis laissant peser le poids de la « Dette Sociale » sur les plus jeunes ? Un discours fallacieux qui risque d’attiser les conflits de générations et de réveiller la guerre des âges que nous pensions éteintes.
Trop souvent l’avancée en âge et la vieillesse sont présentées comme le temps de l’immobilisme et du déclin ; Les aînés s’inscrivant aujourd’hui dans la vie sociale de leur territoire, revendiquent que cela soit reconnu.
Je pense que nous avons évoqué les sujets essentiels. Je vous remercie de votre écoute.
Alain Villez est sociologue de formation et spécialiste du secteur médico-social. Ancien consultant en gérontologie et cadre à l'URIOPSS, il met depuis de longues années son expertise au service des personnes âgées. Il est notamment le président national de l'association Les Petits Frères des Pauvres et préside le comité national de la Semaine bleue.